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 Le point de vue de Roumi sur le Mal (part.1)

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giovanni
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MessageSujet: Le point de vue de Roumi sur le Mal (part.1)   Ven 13 Fév 2009 - 13:47

Le point de vue de Roumi sur le Mal

La question du Mal est un problème philosophico-religieux très ancien qui à intrigué l'humanité depuis l'antiquité. Le problème principal est que l'existence du Mal dans ce monde paraît contradictoire avec l'existence d'un dieu Omnipotent, Omniscient et à la Bonté Infinie. D'un point de vue rationnel, l'existence du mal semble contredire la croyance en l'existence de Dieu avec ses attributs d'Omnipotence, d'Omniscience et de Souveraine Bonté.

Les athéistes ont toujours dit qu'il fallait que les théistes puisent prouver que l'existence d'un Dieu, Tout-puissant, Tout connaisseur et Parfaitement Bon était consistante ou compatible avec l'existence du Mal dans ce monde. Dans le cas contraire il faut admettre soit que la croyance religieuse est fausse, soit que les attributs divins d'omnipotence, d'omniscience et de Bonté Infinie doivent êtres compris différemment que présentement (Mackie 1973, pp. 206-216). En d'autres termes l'existence du Mal est vue comme une preuve de la non-existence de Dieu, ou bien comme une imperfection de la Connaissance, du Pouvoir et de la Bonté de Dieu.
La formulation suivante par le philosophe grecque Epicure, au 3eme siècle avant J.C., évoque de façon succincte le problème :

Dieu veut-il empêcher le mal,
Mais ne le peux pas?
Il est dans ce cas impuissant ?
S'il le peux mais ne le veut pas ?
Il serait dans ce cas pervers?
S'il le veux et le peux ?
Pourquoi ne le fait-il pas ?

Nous tenterons dans cet essai de présenter le point de vue sur le mal du célèbre maître Soufi et poète, Jalal al-Din Rumi's (604-672 Hégire /1207-1273 après J.C.) qui donne une solution au problème logique soulevé précédemment. Consistant avec le credo islamique que « toute chose vient de dieu, et toute chose retourne vers Lui » (Coran 21 :93), Roumi nous dit que le mal est une création de Dieu dont Il a permis l'existence au sein de ce monde et de l'homme, dans un certain but. Contrairement au point de vue qui dit que l'existence du mal démontre l'imperfection de Dieu, Roumi nous explique que l'existence du Mal est preuve de son infinie Pouvoir, Savoir et Bonté. Afin d'étayer nos propos nous avons choisi d'utiliser deux œuvres majeures de Roumi, le Mesnevi et le Fihi ma fihi.

Selon un hadith qoudsi : « J'étais un trésor caché, et j'ai voulu être connu, j'ai alors créé le monde afin d'être connu par lui ». Ainsi la création divine est une manifestation de Son infini pouvoir créateur et désir d'autorévélation. Toute créature dans sa forme (surat) et son essence (ma'na) manifeste Dieu qu'elle en soit consciente ou pas.

Les créatures de ce monde ont été créées dans le but d'être manifeste, afin que le trésor de la providence divine ne reste pas caché. Dieu a dit :
« J'étais un trésor caché : Prends garde ! Ne laisse pas se perdre ta substance (spirituelle) ! Deviens manifeste". (Roumi 1982, IV 3028-29)

Ainsi, les hommes jour et nuit et pour toujours révèlent Dieu ; hormis que certains en sont conscients et savent qu'elles Le révèlent, alors que d'autres n'en sont pas conscientes. Dans tous les cas, il est certain que Dieu est révélé.
(Rumi 1961, p. 185)

En théologie Islamique on fait la distinction entre l'Essence divine (dhat) et les Attributs divins (sifat) . L'Essence divine est ce que Dieu est, et Lui seul le sait. Les Attributs divins sont les Noms (asma') de Dieu révélés dans la création et la révélation (wahy) ou Saint Coran. Les versets du Coran, phénomènes naturels ou évènements de l'âme humaine, sont appelés 'ayat' ou signes de Dieu. Les ayat naturels et coraniques se complètent et se renforcent mutuellement dans leur fonction de manifestation de la Vérité, avec pour but de ramener l'homme vers Dieu.

Les Attributs divins sont divisés en deux catégories : Essence et Actions. Les Attributs de l'Essence sont tous les Noms (asma') dont leur opposé n'est pas applicable à Dieu. Par exemple, Dieu le Vivant (al-hay), l'Omniscient (al-‘Alim) et le Pur (al-Quddus). En ce qui concerne les Attributs des Actions, les Noms et leur opposé sont applicables, par exemple Dieu l'Exalteur (al-Rafi) et l'Abaisseur (al-Khafid), le Donneur de Vie (al-Muhyi) et le Saisisseur (al-Mumit). Du point de vue de Roumi, les qualités positives reflètent la Bonté de Dieu (lutf), tandis que leurs opposés dénotent la Sévérité de Dieu (qahr). La Bonté (lutf) est l'équivalent de la Miséricorde divine (rahman) et la Sévérité (qahr) de la colère divine (ghadab) (Chittick 1983, pp. 45)

Dieu le Très Haut dit : « J'étais un trésor caché, et j'ai voulu être connu », ce qui veut dire que ‘J'ai créé le Monde, et les objets propres à Me révéler, parfois gracieux, parfois rancunier'. Dieu n'est pas de l'espèce des rois qui se suffisent d'un seul messager. Si chaque atome de l'univers devenait un messager, ils seraient encore incapables de louer Ses qualités convenablement. (Roumi 1961, pp 185)

En se basant sur un hadith qui dit « Ma Miséricorde précède mon courroux », Roumi affirme que les Noms de Bonté ont priorité ontologiquement sur les noms de Sévérité. Selon Roumi, la priorité de la Miséricorde divine sur la Colère divine signifie que : premièrement, les noms de Sévérité ont pour but de faire ressortir les noms de Bonté afin de mettre en valeur la Miséricorde divine, et deuxièmement la Miséricorde annule en fin de compte la Colère.

Le feu (de l'Enfer) en réalité n'est qu'un atome du courroux de Dieu ; ce n'est qu'un fouet pour menacer les gens vils. En dépit d'un tel courroux, qui est puissant et qui surpasse tout, sache que la fraîcheur de Sa clémence l'emporte sur le courroux (Roumi 1982, IV 3742)

Le courroux de Dieu est puissant, puissant ; mais quand tu commences à trembler, ce courroux s'adoucit et s'atténue. Car cette puissance est manifestée à l'incroyant ; quand tu es devenu humble, elle est clémence et bonté. (Roumi 1982, IV 3754)

L'alternance entre les noms de Bonté et de Sévérité de Dieu se manifeste dans la création selon le principe de phénomène opposé. Ce principe cosmique fait partie de la structure même de l'univers et il est l'une des idées phares des écrits de Roumi. Roumi affirme que:
« par contraste les choses deviennent claires » (ibid., IV 1343).
Toute chose créée nécessite son opposé afin de se révéler clairement.
« Derrière chaque néant se cache la possibilité de l'existence; La bonté se cache parmi la cruauté comme la cornaline sans prix cachée dans l'ordure. (ibid., V 1665).

Sans ces deux concepts de clémence et de courroux en apparence opposé, rien ne peut exister.

« Le Créateur est Celui qui abaisse et exalte : sans ces deux attributs, aucune œuvre n'est accomplie.
Considère l'abaissement du globe terrestre et la hauteur du ciel ; sans ces deux attributs, la révolution céleste n'est pas possible.
L'abaissement et l'élévation de la terre sont d'une autre sorte ; une moitié de l'année elle est aride, et l'autre moitié elle est verdoyante et fraîche.
Si l'abaissement et l'élévation du temps angoissant sont d'une autre sorte, une moitié de jour et l'autre moitié de nuit,
Le bon et le mauvais état de notre constitution physique sont tantôt la santé et tantôt la maladie, qui nous fait crier de douleur.
Sache qu'il en va ainsi de toutes les conditions changeantes du monde : la famine et la sécheresse, la paix et la guerre- qui sont des épreuves (divines).
Au moyen de ces deux ailes, ce monde est comme un oiseau dans l'air ; au moyen d'elles d'eux, les âmes sont habitées par la crainte et l'espoir, » (VI 1847- 54)

Dans le Mesnevi, Roumi écrit:
« Un courroux et une grâce furent conjoints ; de ces deux, naquit le monde du bien et du mal » (II 2680)

Comme pour tous les phénomènes, le bien ne peut être reconnu, si son opposé n'existe pas. L'opposé du bien est le mal :

« Tu ne connais pas le mal avant de connaître le bien : ce n'est que par un contraire qu'il est possible de discerner son contraire, ô jeune homme» ( IV 1345)

Ainsi donc, le Mal par contraste avec la manifestation du Bien, aide l'homme à mieux discerner le bien, et par conséquent à en comprendre la nature. Le Mal permet donc en quelque sorte de mieux réaliser le Bien.

Contrairement au point de vue des athéistes qui considèrent le mal comme un défaut de la perfection de Dieu, Roumi lui voit l'existence du Mal dans la création comme une preuve de la vrai grandeur de Dieu. Dans le Mesnevi, Roumi compare Dieu à un maitre de peinture démontrant son infini créativité par des œuvres aussi belles que laides :

« Et si tu dis que les maux viennent aussi de Lui, comment serait-ce un défaut dans Sa grâce ?
Qu'Il octroie ce mal, c'est le fait de Sa perfection même. Je vais te dire une parabole à ce sujet, ô homme vénéré.
Un peintre a fait deux sortes de portraits : des portraits magnifiques et des portraits dépourvus de beauté ...
Ces deux sortes de tableaux témoignent de son talent ; ceux qui sont laids ne témoignent pas de sa laideur à lui, mais de sa générosité.
Il rend le laid d'une laideur extrême, il est rempli de toutes les laideurs (possibles)
Afin que la perfection de son talent puisse être manifestée, et que celui qui nie son talent soit couvert de honte. (II 2535-84)

En ce qui concerne la doctrine qui dit que Dieu est le créateur à la fois du bien et du mal, Frithjof Schuon, spécialiste du soufisme, nous explique que Dieu « en tant que Dieu souverain, à tendance de par ce fait à irradier et par conséquent à communiquer sa propre nature ; à projeter et à rendre explicite toutes ‘les possibilités du Possible' » (Schuon 1981, pp. 138). Vue de cette façon, « le Mal est ‘le possible de l'impossible', et cette possibilité paradoxale est une nécessité ontologique de la manifestation de ‘l'illimitidité' de toute possibilité, qui ne peut même exclure la Néant » (ibid., pp. 140-141).

Dans la vision de Roumi, le bien ou le mal absolue n'existe pas dans la création divine. Tout ce qui est créé, bien comme mal, participe à la volonté divine de révéler ce Trésor caché. Cependant, au sein de l'Etre Divin absolu et infini, toutes les tensions et conflits impliqués par l'opposition de phénomènes sont transcendés et apaisés. Dieu est l'Unité Absolue, le coincidentia op-positorum (jam'-i addad) parfait. (Schimmel 1978, pp. 231). N'ayant Lui-même aucun opposé pour être révélé, Il transcende tout opposé.

« Ne tombe pas dans l'erreur si tu vois que les lettres K et N (KuN) [ fait ou Sois ]sont deux .
K et N tirent, comme un lacet, afin d'attirer la non existence dans de grandes choses.
C'est pourquoi le lacet doit être double dans le monde des formes, bien que ces deux lettres au fond soient une seule.
Que les pieds soient deux ou quatre, ils ne traversent qu'une seule route, à l'instar des ciseaux doubles qui ne font qu'une seule coupure.
... ces deux opposés qui semblent se combattre, ont la même intention et sont d'accord dans leur travail. » (I 3077-84)
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